Sites de construction

Pour prendre la pleine mesure de ce texte, il est nécessaire de le situer dans une réflexion tentant de penser comment le chercheur peut donner à voir, dans son rapport final (thèse, livre, article…), l’histoire de sa recherche tant dans ses évolutions, que dans les activités qu’elle a impliquées, que les multiples acteurs (humains et non-humains) qui lui ont été nécessaires. Cette perspective restitue la recherche comme une activité vivante et processuelle. Elle est le fruit d’une tentative de constructivisme radical inspiré des travaux de la sociologie de l’acteur-réseau : si le chercheur souhaite expliquer la construction de la réalité, il doit aussi expliquer comment il s’applique à cet exercice. Cela me mène à des propositions couplant les exigences réflexives des sciences sociales à la nécessité des sciences dures de décrire ses protocoles.

 

DES CONSTRUCTIONS SITUÉES

Le récit habituel des recherches ne les situe que très peu. Dans la majorité des livres, le lecteur trouvera peu sur son histoire. Il y aura seulement — et encore ! — le chercheur face à son objet, son terrain, son bureau. Et il produit du savoir. La recherche sera mise en scène au sein du triangle problématique/terrain/analyse[1]. La problématique sera justifiée par l’état de l’art. Le terrain se racontera peut-être un petit peu. Et lors de l’analyse, il ne sera probablement question que du logos de la discipline face aux données : le chercheur aura disparu. Le lecteur[2] devra se contenter de cette histoire minimaliste, presque désincarnée, prenant place dans un espace irréel. En ce qui me concerne, cette mise en forme de la recherche me semble quelque peu mythologique. Elle vient me raconter l’idéal épistémologique du chercheur peu en affaire avec la vie concrète. Mais elle ne parle en rien de mon quotidien.

Les correspondances, pour une construction souple et mouvante

Si je regarde mon travail de thèse actuellement en cours, je constate qu’il y a bien plus à dire si je souhaite faire état de ce que je fabrique et, surtout, de comment est-ce que je le fabrique. Ma thèse, je la construis dans différents espaces-temps, c’est-à-dire dans différents agencements de personnes et d’entités non-humaines[3], portés et portant différents enjeux et dynamiques relationnelles, ayant une durée longue ou évènementielle, et existant de manière ponctuelle ou régulière. Dans chacun de ces espaces-temps que je nomme « sites de construction », mon travail de recherche s’actualise d’une manière singulière dépendant des caractéristiques du site. Pour le dire autrement, dans chacun de ces espaces ma recherche vient exister et être travaillée d’une manière singulière, en fonction des caractéristiques du site. Elle n’est pas seulement le produit d’un chercheur solitaire ayant mené une enquête pour répondre à une problématique. Il y a certes eu « le » terrain — celui que l’on décrit dans la partie « Méthodologie » — qui a été un temps d’élaboration particulier et intense. Mais, une grande part du contenu de ma thèse s’est faite ailleurs qu’à cette occasion. J’ai, par exemple, réfléchi, pensé, élaboré, éprouvé des idées, échangé à leur propos dans le cadre de plusieurs correspondances. Chaque correspondance a permis un cadre de travail singulier du fait des destinataires, du passage par l’écrit impliquant la formalisation nécessaire des idées, ainsi que de la possibilité que ce dispositif ouvre à communiquer de l’inachevé, des idées en travail. Les correspondances sont l’occasion d’écrire des fragments de thèse, en dehors des normes académiques d’écriture et de finalisation des savoirs. De même, la correspondance offre la possibilité d’échanger au-delà du travail de recherche en lui-même. Elles ont été l’occasion pour moi de l’inscrire dans l’expérience plus globale du doctorat qui implique la socialisation à l’institution universitaire, l’apprentissage du métier d’enseignant… Elles ont permis de penser la thèse comme un élément de mon parcours de vie et non comme un simple travail de recherche. Les correspondances permettent un travail intellectuel souple et mouvant. Elles permettent de fabriquer, de théoriser, d’analyser en passant d’une anecdote vécue à un grand auteur, en faisant se rencontrer des expériences. Elles offrent des possibilités de décalage, de rencontres inédites entre divers champs. Le cadre non-académique de ces échanges offre cette grande capacité de déplacement.

Centralité des expériences annexes

En parallèle de mon travail de thèse (portant sur la fabrication des formations en travail social), je suis vacataire dans divers dispositifs de formation (santé et intervention sociale). Si ces expériences n’ont pas été pensées, au départ, en tant que terrain de recherche, aujourd’hui, rétrospectivement et prospectivement, je les investis comme tel. Cette expérience est alors constituée comme donnée de recherche. Cela est renforcé par le fait que j’ai toujours analysé mes pratiques à travers les mêmes outils d’analyse que mes données de terrain, ce qui offre une forme d’unité ou de rapprochement dans ce que cela produit. Ainsi, mon expérience de vacataire est un espace-temps où ma thèse se construit. Par exemple, alors que pendant « le » terrain, je questionne les rapports de pouvoir en observateur, dans le cadre de mon expérience de vacation, j’en mesure la dimension subjective par mon implication. Mes enseignements deviennent des espaces de travail de l’objet « pouvoir », espaces différents de mon terrain officiel de recherche.

Réinventer avec les livres

La lecture est une activité basique du chercheur, c’est évident. Pour ma part, je pense que ma recherche s’est réengagée lors de plusieurs lectures. C’est-à-dire que plusieurs livres ont été l’occasion de me poser de nouvelles questions ou d’en retravailler des anciennes et ce avec les nouveaux outils de pensée construits en lisant. Par moment, lire, plutôt que d’être un simple travail de prise d’informations, s’apparente à la mise en place d’un atelier, où l’auteur devient un interlocuteur particulier, pour remettre la recherche sur l’ouvrage. Lire agit comme un filtre qui vient diffracter mon travail d’une manière inédite lui permettant de fonctionner à nouveau compte.

Je tente par ces exemples de montrer que ma recherche s’est construite différemment dans chacun de ces sites. Localiser la thèse dans le triangle problématique-terrain-analyse donne une histoire au singulier où il n’y a qu’une thèse construite en un seul lieu. Mais ce n’est qu’une fiction. Un réel travail de recherche se fait dans la vraie vie, de manière multiple, en divers sites, chacun offrant un cadre particulier avec ses possibilités, ses tensions… Ma thèse, au final, sera le fruit de ces diverses scènes. Ce que je propose ici peut être lu de manière factuelle, le lecteur acquiescera alors simplement le fait que ces occasions existent. Il peut aussi être lu comme une proposition de changement de regard sur la pratique de la recherche d’une part, et sur la manière de la raconter d’autre part.

 

DES SITES DE PROBLÉMATISATION AUX SITES DE CONSTRUCTION

Les sites de problématisation : étudier la constitution du monde

J’ai fabriqué cette idée de site de construction à la lecture de plusieurs auteurs. Pascal Nicolas-Le Strat reprend la notion de « site de problématisation » à Callon, Lascoumes et Barthe afin de définir le type de recherche qu’il prône dans le cadre du travail de production des communs. Il écrit à ce sujet :

« Ce travail de problématisation est donc toujours situé, précisément construit à un carrefour d’enjeux et d’acteurs. Il représente un lieu où une question d’intérêt commun est éprouvée et mise en risque. Il déplie et déploie alors nombre de questions. Un site de problématisation n’a rien d’évident, ni de naturel ; il se construit de l’intérieur et par l’intérieur de la société, en rencontrant fréquemment hostilité et défiance. Il peut rester indécis, voire se trouver complètement destitué par un rapport de force défavorable. »

Cette notion lui permet d’inviter les chercheurs à ne pas se sentir seuls détenteurs du savoir face aux questions que soulève la construction du commun. Ils doivent accepter qu’elles soient posées et débattues collectivement, en croisant différents savoirs issus de différentes expertises. « Site de problématisation » désigne alors cet espace, construit, afin de travailler certaines questions.

Callon, Lascoumes et Barthe s’intéressent à la manière dont les entités objet de controverse (OGM, nucléaire, nanoparticules…) sont problématisées. À travers la notion de problématisation, ils désignent plusieurs éléments importants. Tout d’abord, à la suite de Foucault, ils considèrent qu’en même temps qu’elles sont pratiquées, ces entités sont questionnées. À travers les interrogations de natures diverses (scientifiques, éthiques, politiques…) qui leurs sont adressées, elles vont se constituer sur différents modes d’existence : à travers les questionnements, ces objets viennent à la vie de manières spécifiques[4]. Ensuite, les auteurs soulignent que le processus de problématisation mobilise des épreuves qui contribuent en retour à le définir sur le plan de ses enjeux et limites. Pour terminer, ils précisent que la problématisation est située. Ils développent l’exemple des OGM qui ont été constitués dans des instances scientifiques, des syndicats d’agriculteurs, des arrachages de plans transgéniques… Étudier la problématisation implique de tenir compte de ces sites dans lesquels les entités sont constituées à travers les questions et épreuves qui leurs sont adressées. Il n’est donc pas question de s’intéresser seulement aux contenus de la problématisation, mais de voir qui, avec qui, où, avec quels outils et procédures, problématisent.

Quelques pages plus loin, les auteurs parlent de ce qui s’est fait en France autour du SIDA et qui constitue pour eux un exemple de ce qu’ils défendent en matière de démocratie. Ils décrivent ce qui se joue à l’échelle de chaque site (des associations, des médias, les pouvoirs publics) en prenant soin de relever les particularités de chaque espace. Mais ils s’intéressent aussi aux liens, débats, tractations, alliances, complémentarités qui se sont fabriqués entre les sites, permettant la création et le maintien d’acteurs divers, avec une grande variété d’avis et de causes défendus, le tout participant à l’exploration d’un univers commun. Ce foisonnement de sites et les rapports qui se sont établis entre eux a permis un travail démocratique où chacun, avec ses particularités et dans l’échange, peut participer à constituer l’entité « SIDA ». Ce qu’ils nomment forum hybride vient exister dans cet enchevêtrement. Ils clôtureront en retenant un principe de méthode :

« Il ne s’agit pas tant, en faisant participer les groupes concernés, d’assurer le lien avec une hypothétique prise de décision que de contribuer à l’organisation d’un espace public permettant la constitution des sites de problématisation, leur foisonnement, et assurant notamment aux plus faibles et aux plus fragiles d’entre eux les moyens de leur survie et de leur développement, tout en facilitant l’organisation de la rechercher collaborative, ainsi que les confrontations et les négociations sur la composition d’un monde commun. » (Agir dans un monde incertain, p.316)

Par ce biais, ils nous apprennent qu’étudier la problématisation et ses sites, c’est aussi étudier ce qui se construit dans l’interaction entre ces différents espaces-temps et que le fruit de ces interactions est le monde commun et ses processus de construction. Cette idée renforce le fait qu’il ne s’agit pas seulement de saisir le contenu de la problématisation, mais bien de situer les différents sites, leur organisation interne, leurs processus et procédures ainsi que les liens, alliances, guerres, débats qui les lient ou les délient.

Les sites de construction : étudier la constitution d’une recherche

Il est évident que ce que j’ai développé au début de ce texte est différent des sites de problématisation. Les auteurs s’intéressent à la manière dont la réalité se constitue autour d’entités nouvelles et incertaines. De mon côté, je ne mène pas un travail de recherche collaboratif — ce dont parlent les auteurs au final —, je mène une enquête qui n’a été commandée par personne, si ce n’est par moi. Je m’inscris dans une démarche scientifique plus classique dont le but n’est pas de constituer le monde des formations en travail social. Cependant, le propos des auteurs est extrêmement inspirant. Ma thèse est cette entité incertaine que je dois arriver à constituer en quelques années. Et si mon enjeu premier n’est pas qu’elle puisse être débattue en de multiples endroits (et pourquoi pas ?), je la mets au travail en diverses occasions, certaines ponctuelles, d’autres qui s’établissent dans le temps, de manière volontaire ou non. Chacune de ces occasions, comme la problématisation, participe à la faire venir à l’existence. Pour terminer, je peux dire que les auteurs cherchent à comprendre ce qui se constitue comme espace public et monde commun entre les sites. De la même manière, j’ai évoqué le fait que la thèse sera le produit final de cet ensemble de sites. Si elle est travaillée sur différents modes d’existence dans chaque espace-temps (éclatement), c’est la coordination de ces sites qui donnera « la » thèse, unifiée, formalisée dans un écrit final (unité). Les auteurs évoquent que les forums hybrides (nom qu’ils donnent aux agencements de sites) sont parcourus par une tendance réticulaire et une tendance à la centralisation. La multiplicité des sites joue le jeu du rhizome alors que certains sites vont particulièrement travailler à la centralisation par le biais de décisions, d’une légitimité pour instituer… De même, concrètement, la thèse est fracturée en plusieurs sites, chacun avec sa singularité, mais nécessite de construire des sites pour travailler à son unité. Pour terminer, il est utile de préciser que chaque site n’a pas une fonction unique, émargeant du côté de la singularisation ou bien de l’unification. C’est plutôt dans l’agencement des sites que se jouent ces processus. Par exemple, la correspondance, si elle fait exister la thèse d’une manière toute particulière, elle peut être un lieu où le mouvement d’unification existera, en lien avec le site d’écriture.

 

POURQUOI PARLER DE SITES DE CONSTRUCTION ?

Objectiver la recherche

Je vais maintenant développer les intérêts qu’il peut y avoir à réfléchir en termes de sites de construction et à les rendre apparents. Pour commencer, cela rappelle que la thèse ne s’élabore pas selon un processus uniforme et unique. C’est un parcours qui traverse différentes configurations où elle aura l’occasion d’être construite à chaque fois de manière unique. Ces configurations qu’elle traverse peuvent être structurantes ou non, mais lorsqu’elles le sont, les caractériser permet de retracer comment la recherche a été menée, comment elle s’est construite, où est-ce qu’elle a pu devenir ce qu’elle est. Cela participe à restituer un processus et ouvre les limites de la mise en scène habituellement adoptée des travaux de recherche. Cette dynamique participe à objectiver le travail en le localisant, en expliquant sa provenance. Si la recherche se raconte en écrasant toute sa temporalité, ses hésitations, ses milliers de pas, de doutes, d’hésitations, les personnes rencontrées et décisives pour le propos, les médiations entre le chercheur et un concept, alors elle empêche d’accéder réellement à son élaboration. Or, pour le lecteur et pour le chercheur, accéder à cette élaboration me semble être un outil pour l’objectivation du travail.

Il permet de tenir le nécessaire travail réflexif où l’activité même du chercheur est prise en compte. Du fait de mon approche constructiviste, je considère que l’activité de recherche crée une re-présentation de l’objet qu’elle entend étudier. Ce travail de construction d’une vision du monde doit alors nécessairement être renseigné car il est un acte fondamental du chercheur. La notion de sites de construction permet alors de documenter cette dimension. Et d’une certaine manière, le chercheur vient ainsi décrire les protocoles dans lesquels il a construit sa vision de la réalité, un peu à la manière des sciences dures où la description du protocole et de ses conditions de réalisation est extrêmement importante pour la compréhension des résultats produits.

Changer de vocabulaire pour changer le sensible

Cette proposition d’évoquer les différentes configurations dans lesquelles la thèse s’est construite fait bouger les lignes du partage du sensible. Avec la notion de site de construction, je peux penser mon travail comme se réengageant sur différents modes d’existence, dans différents espaces-temps, dans différentes temporalités, à des niveaux de réalité différents. Il n’y a pas ainsi une recherche, mais plusieurs sites, auxquels je confère une unité dans le cadre de la thèse. Du point de vue de l’activité, cela vient rappeler que mon travail s’est construit aussi bien sur « le » terrain de recherche, que dans mon expérience d’enseignement, chacun de ces sites ayant ses logiques, ses normes, ses enjeux et produisant, en termes de recherche, des choses différentes. De même, penser à l’échelle du site permet d’abolir la distinction entre le terrain et la théorie, ou bien entre le noble terrain de la thèse, celui que l’on met en place rien que pour cela, et l’expérience de vie. Je peux envisager de présenter côte à côte, avec une égale valeur ce qui se construit dans le cadre des temps d’observation participante pensés pour la thèse et ce qui se construit dans une correspondance où je socialise mon expérience d’enseignement. Je peux comparer ce que je construis dans mon fauteuil, un livre à la main, dans une discussion avec un collègue ou bien sur « le » terrain. Cette approche bouleverse les catégories habituelles avec lesquelles j’aurais écrit mon rapport final. La notion agit comme nouvel opérateur de description qui bouleverse les découpages normaux pour comparer des choses qui sont habituellement considérées comme radicalement différentes (la lecture et le terrain par exemple).

Ce changement de catégorisation se fait en mettant au centre, entre autre, l’activité du chercheur. Le chercheur est alors présenté comme un constructeur, un artisan. La question principale devient de savoir ce qui se fait dans tel site de construction avec qui, selon quelles règles, selon quels processus… La théorie, le terrain, l’analyse deviennent des produits de l’activité du chercheur et non des entités naturelles, a priori, du travail de recherche. La notion de site de construction permet de se rapprocher de la thèse au réel.

Décrire les conditions institutionnelles du doctorat

Ce que je peux analyser de mes sites de construction m’amène à faire quelques constats. La plupart ne m’ont pas été proposés par l’institution universitaire. Ce sont des sites que j’ai souvent participé à élaborer afin d’avoir des espaces pour échanger autour de mon travail, de la recherche et de ma trajectoire. Et cela s’est souvent fait en marge de l’institution. Et concernant les quelques sites proposés par l’université, ils le sont rarement sur le mode de l’obligation. Cela m’amène à penser que l’université offre peu d’espaces pour structurer la trajectoire du doctorant et lorsqu’elle le fait, il n’y a pas d’imposition. En tant que doctorant nous sommes assez peu intégrés par des dispositifs institutionnels (séminaires, espaces de vie…). Le travail de socialisation se fait essentiellement à travers la volonté du doctorant qui fera l’effort d’être là, de participer, de proposer… Nous nous retrouvons bien souvent à établir nous-même des liens ou des lieux pour que notre pratique ne soit pas solitaire. De ce fait, le principe de cohérence de notre trajectoire, ce qui fait lien entre nos différentes activités se situe à notre niveau et non à celui de l’institution. Le doctorat est une trajectoire précaire. Ces quelques idées me permettent d’avancer l’hypothèse que la notion de sites de construction peut être intéressante afin de penser l’expérience du doctorat à la manière du concept de carrière qui couple une analyse des choix individuels dans un univers proposant différents espaces et places.

 

CE TEXTE EST UN SITE

Pour terminer, je ne résiste pas à l’envie de mettre mon propos en abîme. Écrire cette entrée encyclopédique a été l’occasion de mettre en forme, et donc de pousser plus loin et de donner corps à un terme que j’employais de manière instinctive, en ne l’ayant que très peu élaboré. J’ai commencé ce travail d’écriture tout d’abord pour moi. Je cherchais à formaliser cette idée pour ensuite l’expérimenter en décrivant mes sites de construction. J’ai choisi ensuite de le travailler dans une perspective de publicisation sur le site des Fabriques de sociologie. Écrire a été un site de construction. Cela m’a permis de bâtir cette notion et de commencer à explorer plus en détail mon travail sous cet angle. De même, je n’ai pas seulement écrit une entrée encyclopédique. J’ai aussi écrit un bout de la thèse.

Sébastien JOFFRES, Août 2016

Notes

[1] Malgré la critique que je fais ici, je trouve cette fiction triangulaire très intéressante en ce qu’elle permet de contourner une représentation linéaire de la recherche. Mais force est de constater que malgré qu’elle soit répandue, elle donne lieu à des écrits qui se composent pourtant d’une manière très linéaire : le chercheur, face à une problématique met en place un terrain qui une fois analysé apporte des réponses.

[2] Pour l’auditeur, il aura probablement plus de détails car, à l’oral, les chercheurs s’offrent en général un peu plus au regard. Le récit des coulisses est en général plus dit qu’écrit.

[3] Le terme d’entité désigne toute chose prenant part à l’action, qu’elle soit un humain, un objet ou une entité plus conceptuelle comme l’État ou bien le métier. Ces entités conceptuelles ne sont pas visibles « à l’œil nu ». Elles se saisissent au travers du discours des acteurs ou se matérialisent en objets, textes, cérémoniels, … L’entité « France » est par exemple matérialisée par le drapeau tricolore.
Ce terme d’entité — humaine ou non humaine — permet à la sociologie de l’acteur-réseau de décrire de manière symétrique les humains et les autres en ce qu’ils prennent part à l’action, c’est-à-dire que leur présence impacte l’action, ne compte pas pour 0.

[4] C’est par exemple parce que la sociologie s’est penchée sur la vie collective que la société a pu exister comme objet scientifique et, en retour, elle a participé à construire cet objet comme entité de notre quotidien et objet d’action publique

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